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samedi 25 septembre 2010

Le délicat problème de l'ambiance


Voilà un billet que je voulais écrire depuis longtemps...
Quand on commence à mettre en place une ambiance Montessori, on a en tête les descriptions des livres de Maria Montessori: enfants autonomes, heureux d’être dans la classe, travaillant silencieusement, choisissant librement leurs activités, répétant les activités... Bref, le rêve de l’éducateur!
Et puis, quand on se confronte à la réalité, il en est tout autrement! 

Il y a des gens qui veulent faire croire qu’en Montessori, il suffit de préparer une belle ambiance bien rangée et propre, d’avoir bien répété ses présentations, de les faire aux enfants et de s’asseoir dans un coin de la classe en attendant que tout se passe comme dans les livres de Maria.

Outre que ces gens n’ont pas dû expérimenter cela bien souvent (à part en atelier hebdomadaire où il est relativement facile d’avoir un enfant scolarisé qui est heureux de pouvoir enfin manipuler...), ils n’ont pas bien dû lire la fin de l’Esprit Absorbant.

Je cite: «Une maîtresse inexpérimentée, pleine d’enthousiasme et de foi dans les résultats de cette discipline intérieure annoncée se trouve en face de lourds problèmes. Elle a compris et elle croitqu’il faut laisser les enfants libres de choisir leurs occupations, et ne jamais interrompre leur activité spontanée. (...) or, le désordre, au lieu de diminuer, risque d’atteindre des proportions alarmantes.»

Quelques lignes plus loin, elle continue: «Il faut que nous ayons à l’esprit le phénomène de la discipline intérieure: c’est un phénomène qui doit se produire et non un phénomène qui préexiste.Notre devoir est de guider l’enfant sur la voie de la discipline. La discipline naîtra quand l’enfant aura concentré son attention sur un objet qui l’attire.»

Ainsi, pas question de s’asseoir et d’attendre le miracle. Nous devons être très actives au début. L’enfant a besoin d’être «guidé» jusqu’à ce qu’il accède enfin à cette discipline intérieure.
Si Maria Montessori affirme avec force que l’activité spontanée de l’enfant ne doit pas être interrompue, elle nous met aussi en garde: «Si la maîtresse ne sait pas distinguer la pure impulsion de l’énergie spontanée naissant dans un esprit en paix, son rôle sera stérile. Son action efficiente repose sur la distinction entre deux sortes d’activité, ayant chacune une apparence de spontanéité -puisque dans les deux cas l’enfant agit de sa propre volonté- mais dont la signification est totalement opposée.»

Voilà donc une première difficulté: repérer l’activité à encourager et celle qui ne mène à rien. Dans le chapitre qui précède, Maria Montessori parle de la volonté, comme d’une force qui «mène au développement conscient». 

Pour guider les enfants, Maria Montessori nous dit que nous avons à les «appeler» sur un chemin qui les mènera à cette discipline intérieure. Pour cela, nous n’avons pas à craindre d’intervenir au début pour mettre immédiatement fin à toute activité qui n’a pas de but conscient et au contraire proposer inlassablement des activités qui vont le mettre en chemin.
Maria Montessori ne donne jamais de «recettes», mais des principes et des pistes: d’abord, proposer des activités qui coordonnent les mouvements, ensuite, fixer l’attention de l’enfant sur des objets réels «rendre la réalité accessible et attrayante».
Quand le désordre s’installe, pas de recette miracle et c’est à nous de sentir ce qui est le plus approprié: lever la voix ou chuchoter à certains seulement, secouer une clochette ou frapper vigoureusement un accord sur un piano... Mais pas question de rester sans réagir.

Maria Montessori constate cependant: «Une maîtresse expérimentée n’aura jamais de grave désordre dans sa classe, parce que, avant de se disposer à laisser la liberté aux enfants, elle sera d’abord vigilante en les préparant dans un sens négatif, afin de réprimer les mouvements incontrôlés. (...) Les exercices les plus simples de vie pratique ramèneront au travail réel les petits esprits errants qui les réclameront. Peu à peu la maîtresse offrira le matériel, n’en laissant pourtant jamais le libre choix aux enfants avant qu’ils en aient compris l’usage.»

Et pourtant, là, encore, Maria Montessori nous dit que ce n’est pas encore gagné! Les enfants sont calmes, ils prennent des activités, mais ils passent de l’une à l’autre sans s’y concentrer vraiment. La fatigue arrive vite et avec les détournements de matériel, les enfants qui commencent à s’agiter...
Là encore, il nous faut agir: surveiller, mettre fin aux comportements qui ne vont pas, et continuer à présenter, à faire les leçons aux enfants jusqu’à ce qu’un enfant, puis 2, puis tous accèdent enfant à cet état intérieur qu’elle décrit.

Mais cela met du temps. Je ne suis même pas sûre que Clémence en soit vraiment arrivée là!
L’erreur serait de croire que le libre-choix est une proposition de départ qui faire arriver le reste. Au contraire: «le libre-choix est l’activité la plus élevée: seul l’enfant qui connaît ce dont il a besoin pour exercer et développer sa vie spirituelle peut, en vérité, choisir librement.»
L’enfant qui passe d’un objet à un autre n’est pas encore dans le libre-choix. Et avant cela, il peut peut être dans le «non-choix»: ne rien vouloir faire. A nous alors d’aller le solliciter pour le mettre au travail. Non pas en le forçant à prendre un matériel donné mais en lui proposant inlassablement une activité jusqu’à ce qu’il en prenne une ou en lui faisant faire quelque chose avec nous (balayer, ranger, épousseter, arroser...). En effet, c’est dans le travail que l’enfant va réussir à se reconnecter sur ce «guide intérieur» qui va lui permettre de se passer de nous.
Dans les conseils qu’elle prodigue pour la mise en place de l’ambiance, Maria Montessori nous dit: «Dès la période initiale (...) la maîtresse est comme la flamme dont la chaleur active, vivifie, invite. Elle n’a pas à craindre de déranger quelque processus psychique important puisque ces processus ne sont pas encore en route. (...) la maîtresse procède par des exercices variés qui, s’ils ne sont pas spécialement importants en soi ont, du moins, le grand avantage d’attirer l’enfant.»


Ces derniers temps, je relis très souvent ces chapitres de l’Esprit Absorbant («Les trois degrés de l’obéissance», «La maîtresse montessorienne et la discipline» et «La préparation de la maîtresse montessorienne.»). J’y trouve à chaque lecture de nouvelles source d’inspiration.
Arriver à guider les enfants sur la bonne voie n’est pas chose facile. C’est un juste milieu entre une certaine liberté et une certaine dose d’exigence et il n’est pas toujours facile de décider quand intervenir, quand ne pas intervenir. Mais c’est une alchimie passionnante!

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