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jeudi 13 octobre 2016

12 conseils pour démarrer Montessori dans sa classe

La fin de la première période scolaire arrive. Avec les vacances, un certain nombre d'enseignants ont un peu plus de temps pour réfléchir à la manière de changer les choses dans leur pratique de classe.
Alors pour vous, lecteurs (lectrices) enseignant(e)s qui avez envie de passer progressivement d'un fonctionnement traditionnel à un fonctionnement inspiré de la pédagogie Montessori, voici 12 conseils avant de se lancer et pour les débuts.


1. Prenez le temps de vous documenter.


Maria Montessori disait que le plus difficile, pour pratiquer sa méthode, c'est le travail sur soi de l'adulte. C'est un travail qui prend du temps et qui se continue et s'approfondit même lorsqu'on a déjà commencé.



La première lecture que je vous recommande, ce sont bien sûr les ouvrages de Maria Montessori elle-même. Le premier tome de la "Pédagogie Scientifique", présente l'avantage de relater l'histoire de la méthode et de donner une vision de la progression et du matériel. Mais attention, Maria Montessori a toujours fait évoluer son matériel et son utilisation. Le livre montre donc une vue de la pratique déjà ancienne qui a bien évolué depuis sur certains domaines.







Le deuxième tome de la "Pédagogie scientifique", bien que sous-titré "éducation élémentaire" ne traite que très peu du 6-12. Il est un peu moins facile d'accès mais contient de précieuses informations sur le fonctionnement de l'enfant dans la classe Montessori et son rythme de travail.









"L'Esprit absorbant de l'enfant" me paraît incontournable. Il faut s'accrocher sur les premières pages, mais lorsqu'elle arrive aux étapes du développement de l'enfant, notamment sur la main et sur le langage, c'est passionnant. Les chapitres de la 2ème moitié du livre sont fondamentaux pour mieux comprendre rôle de l'adulte.









Si vous avez le temps, "L'enfant" est intéressant, mais l'essentiel des informations est déjà contenu dans les 3 premiers livres dont je vous ai parlé. L'enfant est un livre destiné à faire connaître la méthode de manière large.
Par contre, "De l'enfant à l'adolescent" est vraiment très intéressant pour comprendre comment la méthode se déroule après le 3-6 ans.

Tous les autres livres sont intéressants, mais vous n'avez pas besoin de les avoir tous lus avant de commencer.




Pour prolonger cette lecture, n'hésitez pas à vous plonger dans des lectures qui vous aideront à adopter la bonne posture avec l'enfant et mettre en pratique des outils de communication efficaces avec l'enfant.



Beaucoup de livres sont possibles. Pour ma part, quand j'ai débuté sur ce chemin en 2007, j'ai commencé par "Parents efficaces" de Thomas Gordon. C'était à l'époque une des seules références avec Marshall Rosenberg: "Les mots sont des fenêtres (ou des murs)"  et les 2 sont de bons outils. Il existe une version "Enseignants efficaces" de Thomas Gordon.

 



J'étais également tombée sur "Au coeur des émotions de l'enfant" d'Isabelle Filliozat qui m'avait beaucoup aidé. Isabelle Filliozat est maintenant très connue et a publié plusieurs livres intéressants qui nous aident à mieux comprendre les réactions des enfants à la lumière des neurosciences, comme "Il me cherche".

Depuis peu, les livres de Catherine Guéguen vont également sur ce sujet et complètent le travail d'Isabelle Filliozat et me semblent assez indispensables. Je suis tombée également, ces dernières années, sur le livre d'Arnaud Deroo "Porter un regard bien-traitant sur l'enfant et sur soi" qui va dans le même sens.





Pour la mise en pratique, outre les livres de Gordon, il y a le fameux "Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent" de Faber et Mazlich. J'ai découvert également "La discipline positive" de Jane Nelsen et Lynn Lott.




Pour aider les enfants dans la classe, tout ce qui relève de l'éducation à la paix, de l'éducation émotionnelle et des pratiques de méditation peuvent être d'une grande aide. En avoir une idée avant de commencer peut être intéressant. "L'éducation émotionnelle de la maternelle au lycée"  de Michel Claeys Bouuaert ainsi que "Jeux coopératifs pour bâtir la paix" (à partir de 6 ans seulement) de l'Université de la paix donnent des pistes très intéressantes.
Côté méditation "Calme et attentif comme une petite grenouille" d'Eline Snel permet beaucoup de choses avec les petits. "Un coeur tranquille et sage" de Susan Kaiser Greenland est plus développé et intéressant aussi. Quant au "Tout est là, juste là" de Jeanne Siaud-Facchin, il s'adresse aux enfants plus grands, mais sa lecture est très intéressante.




Enfin, pour pouvoir se lancer, mieux vaut avoir une vision un peu claire des activités et de l'organisation de la classe. A défaut d'une formation, de nombreux blogs pourront vous aider, le livre de Céline Alvarez "les lois naturelles de l'enfant" également (ainsi que pour la partie théorique).



Si vous savez qu'un(e) collègue pratique près de chez vous, n'hésitez pas à aller l'observer. Pour les adultes aussi, rien ne vaut le concret!

2. Sachez prendre du recul avec ce que vous voyez et lisez sur internet.

On espère que vous le savez, depuis le temps qu'on le dit sur les blogs, ce que vous lisez sur internet ne reflète pas toute la réalité. Sur les blogs, on partage généralement nos réussites, les chouettes moments, pas nos ratages ni nos moments difficiles. Attention à l'effet déformant d'internet qui peut laisser croire que tout est facile et comme "magique".

Si c'était si simple que cela, ça ferait longtemps que tout le monde serait passé à Montessori ;-)
Non, il va vous falloir du temps, certains jours, au début, vous aurez peut-être l'impression d'être dans un zoo ou un cirque plutôt que dans une classe! Ces jours-là, plutôt que de vous désespérer, de vous dire que vous n'y arrivez jamais, focalisez-vous sur l'enfant qui réussit à se concentrer à peu près et rappelez-vous vos lectures de Maria Montessori. Elle n'a jamais caché que c'était difficile pour commencer et qu'il n'y avait pas de recette miracle, mais un ingrédient indispensable: la confiance inébranlable en l'enfant.

J'apprécie d'ailleurs que dans son livre, même si elle ne s'étend pas, Céline Alvarez ne cache pas que le démarrage de sa classe a été véritablement difficile.
Et même si les premiers jours se passent bien (effet de nouveauté parfois), gardez en mémoire que vous passerez certainement par une période difficile avant que ça aille mieux. Ne restez pas seuls, échangez!


3. Parlez avec votre ATSEM

Evidemment, j'espère très vivement que vous avez une ATSEM. Sans elle, votre expérience sera beaucoup plus compliquée. Mais quelques unes y arrivent!
Bref, si, comme je l'espère, vous avez une ATSEM, le dialogue avec elle va être indispensable. Elle jouera le rôle de votre assistante et c'est un rôle primordial. Nous avons testé, avec Aude à l'Ecole Montessori, combien la qualité de l'assistante changeait tout à l'ambiance de la classe.

Si votre ATSEM ne va pas dans votre sens, cela va être compliqué. Il est donc primordial que vous arriviez à trouver du temps pour lui expliquer votre projet et ce que vous attendez d'elle. Sur ce point, les ressources du site de Céline Alvarez vous seront précieuses.

4. Gardez en tête que la posture de l'adulte prime et faites votre transition sur ce point dès maintenant

On le dit souvent, Montessori, ce n'est pas le matériel, c'est d'abord une philosophie. Même sans matériel, si vous êtes dans la bonne posture, vous êtes déjà dans la bonne voie.
Avant même d'installer vos étagères, vous pouvez commencer à instiller la bonne ambiance et les enfants y seront réceptifs.

Soyez dans une posture de confiance, d'observation et de respect de leur rythme.
Laissez tomber le stress de l'évaluation et du temps, permettez aux enfants d'exercer leur autonomie et vous aurez déjà fait un pas important.

- Laissez le temps aux enfants qui le souhaitent de continuer sur un atelier.
- N'interrompez pas un enfant concentré
- Permettez aux enfants qui ont terminé d'aller s'occuper en autonomie à autre chose.
- Passez un peu de temps avec un ou 2 enfants qui en ont besoin pour leur remontrer tranquillement et silencieusement un geste qui leur pose problème.
- Sollicitez les enfants pour aider l'ATSEM et vous-même à mettre en place l'atelier prévu (installer les toiles cirées, apporter la peinture, les pinceaux, distribuer les feuilles...)
- Permettez-leur d'essayer de faire seuls des choses que vous preniez habituellement en charge.
- Prenez du temps, arrêtez de découper la matinée en tranches de 15 mn maximum.
- Observez les enfants, savourez les jolies choses que vous y voyez, respirez.
- Prenez le temps d'échanger avec eux sur leur travail quand ils vous sollicitent.
- Arrêtez d'évaluer avec des bonshommes, des pastilles de couleurs.... si vous le faites encore. Si l'enfant vous demande si c'est bien, demandez-lui ce qu'il en pense. Eventuellement, s'il insiste, vous pouvez parler de l'attitude de l'enfant plus que du résultat: "J'ai vu que tu t'étais vraiment concentré, tu avais l'air d'avoir envie de réussir."
- Prévoyez un temps suffisant pour que les enfants puissent s'habiller /déshabiller tout seuls. N'aidez que ceux qui en ont vraiment besoin et prenez le temps de leur montrer les gestes nécessaires. Laissez-les essayer un peu avant d'intervenir.
- Favorisez l'entraide dans la classe.
- Prenez l'habitude de regarder l'enfant qui ne se comporte pas correctement comme un enfant qui n'y arrive pas encore. Réfléchissez à ce que vous pourrez proposer plus tard pour l'aider à y arriver.
- Utilisez toutes les ressources de communication non-violente pour vous adresser aux enfants.
- Parlez en positif ("Dans la classe, on chuchote pour se parler", plutôt que "on ne crie pas").
- Quand vous arrêtez le comportement inadapté d'un enfant, indiquez-lui comment faire la prochaine fois pour obtenir ce qu'il voulait si le comportement cherchait à répondre à une demande légitime (par exemple, l'enfant qui crie pour vous appeler) ou proposez-lui une activité intéressante si le comportement est dû à un désœuvrement.
- Parlez d'une voix posée avec des phrases complètes et avec le vocabulaire précis.
- Aidez les enfants à verbaliser leurs demandes, leurs émotions.
- Aidez les enfants résoudre leurs conflits, notamment en introduisants des activités d'éducation émotionnelle et en aidant les enfants à verbaliser leur ressenti...

Bref, vous voyez qu'avant même d'installer le premier plateau de vie pratique, vous pouvez déjà préparer un terrain favorable qui devrait beaucoup changer l'ambiance de votre classe et rendre votre transition plus aisée.

5. Prévoyez un temps de transition entre le fonctionnement traditionnel et le fonctionnement Montessori

Même si vous avez pris le temps d'instiller dans la classe tout ce qui est proposé au point 4, il n'est pas évident de passer d'un seul coup à un fonctionnement en autonomie totale sans se sentir dépassé (e) par le "bazar" qui peut en découler.
Vous savez que les présentations surtout en vie pratique et sensorielle doivent être individuelles, alors si vous voulez que les enfants puissent travailler en autonomie dans la classe, il va falloir un peu de temps avant que tout le monde soit suffisamment opérationnel.

Pour cela plusieurs astuces.

Pour commencer, prévoyez un certain nombre d'activités qui vont pouvoir être utilisées en autonomie mais sans avoir besoin d'une présentation montessorienne.
Quelques idées: des légos, des kappas et/ou des cubes de construction, des puzzles, des grosses perles, des mosaïques colorées type fantacolor et/ou colorino, des jeux de formes (type géoformes, iotobo, attrimaths ou avec un marteau et des clous sur tableau de liège), de la pâte à modeler, des petits lotos pour développer la concentration...
Pour toutes ces activités, vous n'aurez pas à faire de présentation individuelle. Vous pourrez expliquer le fonctionnement à un groupe complet. Comme pour une activité Montessori classique, elles auront leur place attitrée dans la classe. Vous expliquerez que les enfants peuvent aller chercher l'activité, l'utiliser le temps qu'ils le souhaitent puis aller la reposer là où ils l'on trouvée.
A noter que cette liste d'activités peut vous servir pour le point 4 lorsque vous fonctionnez encore en ateliers collectifs mais que vous autorisez l'enfant qui a fini ou qui n'accroche vraiment pas sur l'atelier à aller prendre une activité en autonomie.

Prenez également du temps pour travailler les préliminaires: chercher un tapis, le dérouler, le rouler, le ranger. Tirer la chaise, s'asseoir et s'installer à une table sans faire de bruit. Se lever, ranger sa chaise. Porter un plateau, le poser délicatement sur la table, s'asseoir. Se lever, rapporter le plateau. Ouvrir et fermer une porte. Se servir à boire. Aller aux toilettes...
Bien qu'il soit normalement préférable de faire des présentations individuelles pour ces activités, vous pouvez néanmoins le faire en petits groupes (3 enfants maximum). Si vous voyez qu'un enfant est en difficulté, vous lui ferez une nouvelle présentation individuellement un peu plus tard.

Pour démarrer vos présentations, travaillez avec un petit groupe d'enfants seulement. Le reste des enfants est soit à la sieste, soit en activité avec votre ATSEM. Au départ, vos temps de présentation seront courts avec le même groupe. Mais vous pourrez prendre plusieurs groupes à la suite pour leur faire des présentations.
Progressivement, vous resterez de plus en plus longtemps avec le même groupe d'enfants pour un temps d'atelier autonome. Les enfants auxquels vous ne faites pas de présentation utilisent les activités non spécifiquement Montessori et les activités que vous leur avez déjà montrées.
Comme les enfants ont de plus en plus de possibilités, ils peuvent rester en activité autonome de plus en plus longuement et vous pouvez en avoir de plus en plus avec vous.

Peut-être que le premier jour, vous commencez avec 6 enfants, 3 qui sont priés de prendre une activité autonome et 3 à qui vous faites les présentations préliminaires, puis vous alternez. Dès que vous avez fini, ces 6 enfants peuvent retrouver l'ATSEM et vous enchaînez avec 5 ou 6 autres enfants.
Peut-être vous faudra-t-il en rester là pour cette première journée et prendre les autres enfants sur 1 ou 2 autres journées.
Vous pourrez ensuite continuer à prendre les élèves par groupe de 6 ou même de 10 et commencer à faire des présentations individuelles: du découpage, un versé, un transfert, ouvrir et fermer des boites, un cadre d'habillage.
Au bout d'un moment, si vous avez 30 enfants, comme ça semble être la norme, hélas, vous allez pouvoir passer d'un tiers de la classe en atelier avec vous à la moitié. Et puis un jour, la classe entière! Le bonheur!

Pour que cette transition se passe bien, il est fondamental que votre ATSEM se sente bien avec ce qu'elle a à faire avec le reste de la classe que vous ne gérez pas. Prenez le temps de choisir un moment où les enfants sont généralement calmes. Il serait vraiment dommage que vous et les enfants gardiez un mauvais souvenirs de ces débuts d'ateliers parce que les enfants confiés à l'ATSEM ont été difficilement gérables et que cela a perturbé le groupe en autonomie avec vous.
Donnez-vous le temps avec l'ATSEM de bien réfléchir à ce moment et à ce qu'elle fera avec les enfants. Ne proposez surtout pas un atelier compliqué, difficile pour les enfants, ou avec beaucoup de matériel ou des activités salissantes qui risquent de mobiliser l'ATSEM avec un seul enfant...
Bref, soyez stratégique et restez zen, concentrée avec votre groupe si tout ne se passe pas totalement bien avec l'autre groupe.

6. Dès que vous avez fait suffisamment de présentations, passez en fonctionnement autonome sur la totalité du temps scolaire.

Vous pouvez être tenté(e) de ne vouloir qu'un peu d'ateliers autonomes et continuer en fonctionnement traditionnel.
Bien sûr, il y a des collègues qui le pratiquent et qui en sont satisfait(e)s. Cependant, gardez à l'esprit qu'il s'agit de fonctionnements antagonistes. Dans les ateliers traditionnels, les enfants doivent se plier à votre volonté, à votre projet. Ils ne maîtrise ni leur activité, ni les camarades avec lesquels travailler, ni le temps passé à l'activité. Ils n'exercent pas leur liberté de choix, ni leur volonté. Cela ne les aide pas à développer leur autonomie pour les temps de travail Montessori.

Vous aurez certainement des enfants qui progressent plus vite dans leur comportement si vous arrêtez les ateliers traditionnels, car les enfants n'auront pas à suivre 2 logiques totalement différentes dans la journée, dont une qui va à contre-courant des lois naturelles de leur développement.

C'est pourquoi, il me semble vraiment judicieux de laisser tomber totalement le système traditionnel. Je vous conseille d'aller voir le livre de Céline Alvarez pour les séances de motricité. Ce qu'elle en dit correspond totalement à ma manière de voir les choses, même si tout n'est hélas pas réalisable pour des raison de sécurité et d'assurance...

7. Ne mettez pas trop de choses dans votre ambiance

Une fois que les enfants peuvent travailler en autonomie, on peut avoir la tentation de rajouter toujours plus d'activités pour que les enfants ne s'ennuient pas.
Or toutes les activités ne se valent pas. Elles n'ont pas toutes la même puissance auprès de l'enfant. Certaines sont finalement assez occupationnelles. Cela peut être une aide au début, le temps que les enfants soient prêts à aborder le sensoriel. Mais n'oubliez pas de les retirer par la suite.
Un environnement qui propose trop de choses et surtout des activités peu constructives, peut provoquer l'effet inverse de celui recherché. L'enfant peut avoir du mal à opérer un choix. Et si l'activité n'est pas suffisamment constructive, elle aura du mal à provoquer la concentration tellement attendue.

Beaucoup de collègues ont tendance à présenter les jeux éducatifs qu'ils possèdent sous forme de plateau montessorien. Ça peut-être une bonne idée pour la période de transition et certains jeux pourront sans doute rester dans la classe. Mais prenez le temps de bien réfléchir à ce qu'apporte ce jeu par rapport aux activités Montessori que vous connaissez et que vous pouvez mettre dans la classe. Un certain nombre de ces jeux éducatifs présentent également l'inconvénient de pouvoir plus facilement être détournés de leur utilisation pour des fuites dans l'imaginaire que le matériel Montessori.

Pensez également à alléger au maximum les affichages. Les études montrent qu'on se concentre plus facilement dans une pièce où l'œil n'est pas sans cesse attiré par ce qui est affiché sur les murs.
Par ailleurs, les affichages vraiment utiles (frises de nombres, de lettres, de graphèmes) seront plus efficaces q'ils ne sont pas noyés dans un affichage inutile. Pensez tout de même à un coin pour une œuvre d'art qui pourra être changée régulièrement.

8. Laissez-vous du temps pour que cela fonctionne

Rappelez-vous, cela n'est pas magique. En fonction du vécu des enfants, il va leur falloir un certain temps pour arriver à fonctionner dans ces ateliers de la manière dont vous rêvez. D'une part, si ce ne sont pas des PS en début d'année, ils sont déjà formatés à fonctionner selon le mode traditionnel et il va falloir qu'il s'en défassent.

D'autre part, ils vont avoir besoin se normaliser (pour parler en langage montessorien) ou de travailler leurs fonctions exécutives (pour reprendre langage des neuro-sciences utilisé par Céline Alvarez) avant d'arriver à un niveau de travail et de concentration optimal.

Au début, vous serez peut-être découragé (e) et penserez peut-être que vous faites fausse route, que ça ne vous/leur convient pas. Rappelez-vous alors que ce n'est facile pour personne. Maria Montessori et tous les éducateurs qui ont démarré une classe Montessori ont connu cette difficulté.
Gardez le cap de la confiance, de la bienveillance et notez le moindre progrès.

Soyez aussi bienveillante envers vous-même qu'envers les enfants. Ce que vous faites n'est pas facile.

9. Ne restez pas isolée

Si cela est possible, échangez avec vos collègues de l'école. Si vous êtes compris(e) et soutenu(e), ça rendra les choses beaucoup plus faciles. Peut-être même vos collègues accepteront de faire des classes multi-niveau (vraiment LA chose à rechercher pour rendre les choses plus facile).
Si vous avez la chance de vouloir changement de mode de fonctionnement au niveau de l'école entière, c'est une situation idéale. Vous allez pouvoir échanger, vous observer, cela va vous faire gagner du temps.
Si vous êtes malheureusement isolé(e) dans votre établissement, vous n'êtes pas pour autant condamnée à faire comme les autres. Trouvez un moyen d'échanger sur internet ou au sein d'associations locales.
Vous pouvez laissez aussi vos questions ou vos témoignages sur ce blog. Je me ferai une joie de répondre et d'aider et si plusieurs d'entre vous participent, un nouveau lieu de ressource pourra voir le jour.

10. Apportez aux enfants l'aide dont ils ont besoin

L'une des activités fondamentale de l'éducateur, c'est l'observation. Elle permet l'évaluation, mais également de percevoir les besoins des enfants dans la classe.

L'un des principes montessoriens, c'est d'influer de manière indirecte par le biais de l'ambiance sur l'enfant. Ainsi, pour un enfant qui a du mal à respecter une règle, un rappel positif est intéressant, mais certainement pas un long discours. Si cet enfant ou ce groupe d'enfants n'arrivent régulièrement pas à respecter une règle, c'est qu'ils ont besoin d'un entraînement spécifique. A nous de leur proposer, de manière détachée du contexte où ils ne respectent pas cette règle, des activités qui vont leur permettre d'acquérir la maîtrise dont ils ont besoin.
Les temps de regroupement ou des temps en petit groupes vont pouvoir être l'occasion de donner ces clés importantes pour l'enfant. En regroupement, il peut y avoir un travail autour des émotions, mais aussi sur les règles de courtoisie, sur la maîtrise de soi. Dans l'une de ses vidéos, Céline Alvarez parle des petits jeux qu'elle a utilisés pour aider les enfants à accéder à l'immobilité: commencer par contrôler le mouvement d'un membre, puis de 2, puis d'un seul, puis l'immobilité.

Dans ce domaine, il n'y a pas de programme. A chaque groupe d'enfants ses besoins particuliers et des solutions à chercher pour l'adulte. Des activités existent pour certains types de difficultés, mais l'adulte doit aussi faire preuve de créativité. Gardez en tête que lors de ces activité, on ne fait pas référence au comportement que l'on vise et que l'enfant doit trouver un challenge et du plaisir.
Ensuite, l'adulte pourra faire référence à l'activité pratiquée pour aider l'enfant dans la classe.

Par exemple, à l'école Aude trouvait que les enfants marchaient souvent vite et bruyamment. Un jour, lors d'un regroupement, elle a proposé un petit jeu de marche. Marcher comme des éléphants, sautiller comme des oiseaux ou marcher comme des petits chats, à pas tout doux et silencieux. Les enfants ont pris grand plaisir à ce jeu. Ensuite, quand un enfant marchait bruyamment, l'adulte pouvait lui dire avec un regard de connivence: " Tu te rappelles? Comme un petit chat..." Et l'enfant, à moins qu'il ne soit dans un état de colère contre quelqu'un ou quelque chose, changeait tout de suite sa manière de marcher et manifestait du plaisir à montrer qu'il pouvait le faire.

Tous ces moments en groupe ou vous transmettez sous forme d'activités ludiques les règles d'un fonctionnement courtois dans la classe sont précieux. Il évitent beaucoup d'agressivité entre les enfants et vous aident également à rester calme avec les enfants.
Rien de pire que d'avoir sélectionné de beaux livres ou de beaux objets à laisser dans la classe et de les voir abîmés par des manipulations maladroites. Difficile alors de ne pas être envahi(e) par un sentiment de colère contre les enfants. Mais si vous prenez le temps de montrer comment manipuler un livre et si vous donnez l'occasion aux enfants de s'exercer, ils devraient être beaucoup plus soigneux.
De même si vous leur donnez les clefs de la communication bienveillante, ils finiront par l'utiliser entre eux.

Progressivement (je le répète, il faut du temps), votre ambiance de classe s'apaisera et vous verrez les enfants se mettre au travail avec une efficacité que vous n'auriez pas imaginée.

11. Soyez le modèle du comportement que vous attendez

Rappelez-vous, avant 6 ans, l'enfant fonctionne avec son esprit absorbant. Il absorbe donc l'intégralité de son environnement. Et pas juste ce que vous voulez qu'il absorbe.

Le cerveau ne fait pas le tri entre ce qu'il est bon qu'il retienne ou non. S'il est régulièrement en contact avec un élément, il l'absorbe. Que ce soit un langage syntaxiquement correct et recherché ou un langage relâché voire grossier. Que ce soit un comportement calme et bienveillant ou un comportement agressif.

C'est donc à nous de montrer par notre comportement ce que nous attendons de l'enfant. Si nous voulons qu'il chuchote, n'élevons la voix qu'en cas d'urgence (une vraie). Si nous voulons qu'il se déplace en marchant, ne traversons la classe à grand pas qu'en cas d'urgence (une vraie). Si nous voulons des enfants détendus, tâchons de ne pas nous laisser entraîner par le stress.

Quand nous constatons qu'un enfant ne se comporte pas comme nous le souhaitons. Commençons par nous demander si nous ne sommes pas d'une certaine manière le modèle de ce comportement et commençons par voir si nous pouvons agir différemment avant de proposer des exercices aux enfants.


12. Prenez du temps pour vous

Ça peut sembler étrange, mais c'est important.
Comme je vous le disais au point précédent, les enfants absorbent leur environnement. Ils ont donc besoin d'un adulte détendus, prêt à les accueillir, plein de patience envers eux et d'enthousiasme pour sa mission.

Dans notre travail, le stress est un ennemi sournois et implacable, ainsi que la fatigue. Je l'ai constaté la dernière année de l'école, dans la période où je me démenais pour trouver une solution pour trouver des locaux, j'étais moins disponible pour les enfants et cela se ressentait sur l'ambiance.
Pour lutter contre le stress et la fatigue, prendre du temps pour soi, savoir remettre à plus tard ce qui n'est pas absolument urgent, hiérarchiser, prioriser pour avoir du temps à soi hors de cette école (à laquelle on donnerait notre vie entière si on n'y prenait pas garde!) est important.

Vos enfants, votre conjoint sont importants. Vos amis. Ils vous apportent un équilibre indispensable. Avoir également une activité à soi, bien différente de son travail permet également de rechercher se batteries et de se maintenir en bonne santé, si c'est une activité sportive. Pour ma part, mon cours de danse hebdomadaire était sacré. Je ne l'ai jamais loupé pour recevoir un parent, il n'était pas question qu'une réunion déborde au point de m'empêcher d'y aller. Il y allait de mon équilibre!


J'espère que cet article un peu dense aura pu vous apporter des pistes intéressantes pour vous aider à vous lancer. N'hésitez pas, si vous êtes enseignant, à laisser un petit commentaire pour me dire où vous en êtes (encore en projet, en train d'introduire des ateliers Montessori, en fonctionnement Montessori...) et avec quel niveau. C'est tellement plus convivial de savoir qui passe par là!

4 commentaires:

  1. Superbe article que je m'empresse de partager sur ma page FB ...
    Ca me donne presque envie de ne pas redemander ma dispo l'an prochain et reprendre à 100% pour me lancer ;-)

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    1. Ah ben tu vois Alex après avoir lu cet article si complet, je pensais aller te poser cette même question sur ta page FB ^^ ;-)

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    2. Mais comment se fait il que tu ne te sois pas encore lancée Alex ;) Profite bien de ta dispo !!

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    3. Merci pour le partage. Quelle est ta page Facebook?
      En tout cas, pour l'an prochain, tu as l'air d'avoir des ateliers qui fonctionnent pas mal, ça devrait t'aider à patienter avant la reprise à 100% ! ;-) ( Et en attendant, te préparer, ce n'est pas négligeable...)

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